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Au départ toujours un concept qui arrive tout formé ou
presque, avec ses règles : format, focale, dispositif... photos
toujours imaginées sous forme de tirages achevés, jamais
comme du réel préexistant. Et devant le motif et sur le
point de déclencher je ne vois que les règles artistiques
(celles que je me suis imposées) ou techniques qu’il me
faut suivre pour atteindre, éventuellement, la récompense
d’une photo “réussie” c’est à dire
moins éloignée que d’autres de cette image idéale
(une pour chaque projet) que je possède en moi.
Je recherche dans la plupart de mes travaux un résultat qui, à l'opposé de
l'instantané, suggère ou installe une durée. Pour
reprendre l’expression d’André Bazin, mais pour lui
la possibilité de fixer la durée n’appartient qu’au
seul cinéma, c’est “l’empreinte de la durée” qui
m’intéresse. J’associe à cette idée,
la volonté d’évoquer un mouvement, un équilibre
instable entre le “il-y-a” et le “il-n’-y-a-pas”,
de montrer “l’apparaissant - disparaissant”.
Parceque je peux ne pas être à l’oeilleton (l’appareil
photo peut être déclenché par une minuterie – Driving,
Hotel Rooms – ou je peux me tenir au bord du cadre, occupé à pointer
ma lampe torche sur ce qui sera exposé – Les maisons ne
dorment jamais…) ou simplement parce que la vitesse lente choisie
m’empêche de voir la photo en train de s’impressionner – Dusk,
Effet de seuil - une place importante est laissée au hasard et à l’inconnu.
Et c’est l’incertitude du résultat, le risque inhérent à toutes
ces séries qui m’excitent, comme quand enfant je courrais
pieds nus sur les rochers à marée basse, jamais sûr
que mon pied trouverait un soutien sur la pierre glissante que mon oeil
avait choisie.

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